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vendredi 21 octobre 2011

Agrégateurs PFM : La question des codes d'accès



Alors qu’on attendait plutôt une réaction de la FBF (Fédération Bancaire Française) c’est la CNIL (Commission Nationale de l' Informatique et des Libertés) qui le mois dernier a pris une position critique sur le modèle des agrégateurs PFM. 

Ces services internet et mobile, qui permettent la gestion depuis une interface web unique de l’ensemble de ses comptes bancaires (même lorsque ceux-ci sont répartis dans des banques différentes), sont très en vogue aux Etats-Unis. En France ils se nomment Boursorama MoneyCenter, Linxo ou Winancial.

Leur fonctionnement repose sur la technique du « web-scraping ». En utilisant les paramètres de connexion des utilisateurs, ils se connectent sur les portails web de leurs banques (parfois sans l’accord de celles-ci) pour rapatrier les données de leurs comptes et ainsi les présenter de manière synthétique. C’est simple et transparent pour le client… et c’est bien ce qui gène la CNIL.

Car au-delà du risque de piratage, c’est surtout l’aspect juridique qui pose problème à l’institution.
En effet en souscrivant à un agrégateur PFM en ligne, le client transfère la gestion de ses codes d’accès à un tiers. Rien de moins. En cas de vol ou d’opération illicite effectuée au moyen de ces codes d’accès, il sera difficile au client de se retourner contre la banque. Même si ces codes ont été récupérés par un hacker, sans qu’il y ait de lien avec l’agrégateur PFM.

Ce serait beaucoup plus simple si les banques  adoptaient toutes un système de connexion commun et indépendant. Mais le rêve d’un login / mot de passe unique sur internet a pris du plomb dans l’aile depuis le flop d’OpenID. Et la perspective de voir un jour Facebook ou Twitter, via leurs API Connect, jouer ce rôle n’est pas forcément envisageable (voire souhaitable), même si une banquenéo-zélandaise a déjà sauté le pas.

Une solution simple et pragmatique a été trouvée par INGDirect aux Etats-Unis : leurs clients peuvent désormais créer un accès en « read only » à leurs données bancaires. Prévu pour être communiqués aux agrégateurs PFM, ces codes d’accès réduisent considérablement les risques de malveillance.

lundi 4 avril 2011

Le PFM au delà des camemberts





Qu'on se le dise, 2011 est l'année du Personal Finance Management (PFM).

Au premier Finovate Europe qui s'est tenu il y a 2 mois à Londres, pas moins de 6 sociétés (dont  le précurseur Yodlee) étaient venues chacune proposer aux banques leur plateforme PFM en marque blanche, prête à intégrer. Les Backbase, Meniga ou Figlo présentaient ainsi des solutions certes élégantes, mais dont la standardisation et l'uniformité laissaient un peu perplexe.

En effet pourquoi ces portails se ressemblent-ils tous alors que les banques n'ont pas toutes les mêmes clients et que ces derniers n'ont pas les mêmes exigences en matière de coaching budgétaire ? On peut imaginer en effet qu'une banque mutualiste pourrait miser sur des outils budgétaires simples afin de rassurer la ménagère, alors qu'un pure-player à la Fortuneo ou BforBank souhaiterait probablement proposer un PFM plus touffu, axé sur la performance et l'optimisation.

Ce qui nous amène naturellement, au delà de cette généricité du traitement, à se poser la question suivante : à part afficher des camemberts, que fait-on de ces données ? Quel sens leur apporte-t-on ?
Pourrait-on analyser leur contexte en détectant des comportements afin de proposer par exemple le bon produit d'épargne pour la bonne situation (voir l'excellent billet de Brett King à ce sujet) ? Du point de vue de la banque, cela revient in fine à se demander : comment peut-on intégrer et croiser ces données avec les autres données CRM dont on dispose ?

Les plateformes PFM sur étagère n'ont pas pour objectif de répondre à ces questions. Mais, c'est vrai, ce n'est un problème que si l'on considère le PFM comme un pilier stratégique de sa relation client, et non comme un service de plus sans grande valeur ajoutée.

A l'occasion d'un récent symposium sur l'innovation bancaire, Philippe Laulanie (Head of Distribution Global, BNP) faisait l'analogie entre le SI bancaire et une maison. Je reprendrais ici son schéma en le modifiant un peu pour placer le PFM au centre de l'offre de service :




La fondation du SI bancaire c'est son infrastructure, le core-banking. Dans les grandes institutions il date généralement des années 1970 ou 1980 et demeure très orienté produit. Or pour que la CRM joue un role structurant cross-service et cross-canal, il faut que le core-banking soit adapté, recentré sur le client et non sur les produits. En résumé, pour tirer pleinement parti de services innovants (comme le PFM) et des nouveaux medias, cela passe souvent nécessairement par une refonte complète du système d'information.

Pour les banques qui ont entrepris cet effort ou sont en train de la faire, il faut aujourd'hui concevoir un PFM sur mesure, organisé sous forme de modules indépendants (catégorisation automatique des dépenses, profils utilisateurs, suggestions produits, rendering, connexion aux réseaux sociaux...) et interconnectés avec les outils CRM.

Pour les autres, à mon sens, il y a clairement un intéret à considérer l'intégration de plateformes PFM off-the-shelf, comme celles que je cite au début de ce billet, au moins pour satisfaire temporairement a une demande des clients pour des informations plus "visuelles".


mardi 5 octobre 2010

De l'échec de Wesabe...



A ceux qui s’intéressent de près aux outils de Personal Finance Management, mais aussi à tous les autres que la langue de Shakespeare ne rebute pas, je conseille de lire le (long) billet que Marc Hedlund a posté sur son blog à propos de l’échec de Wesabe face à Mint.

Avec une rare élégance et en toute franchise, l’ex CEO et co-fondateur de Wesabe livre son sentiment sur les raisons de l’échec de son site web de gestion de finances personnelles. Sa conclusion est que ce n’est ni le manque de revenus, ni le fait d’être parti les premiers, ni même parce qu’ils n’ont pas voulu utiliser la plateforme d’agrégation de Yodlee qui est la cause de cette faillite. La raison principale c’est que Mint a fait simple pour une satisfaction immédiate de l’utilisateur, alors que Wesabe cherchait à être performant mais demandait en échange une implication plus importante du client.

Mint proposait une interface simple et esthétique, avec un minimum d’interventions de la part de l’utilisateur. Son procédé de catégorisation automatique était flou et ses déductions souvent fausses ? C’est vrai… mais en fin de compte peu de clients s’en sont aperçus. Ils n’utilisaient Mint que pour avoir une vue grossière de là où partait leur argent. 

Dans un contexte de crise économique, Hedlund voulait « résoudre les problèmes des gens », en collant au plus près de leurs besoins. Pour ce faire il leur demandait un effort de saisie et d’édition supplémentaire. In fine, même si Wesabe était certainement supérieur en termes de service rendu, c’est ce manque de satisfaction immédiate de l’utilisateur qui aura été déterminant.

Même si je ne partage pas entièrement son analyse (notamment sur le choix de ne pas travailler avec Yodlee), je ne peux que souscrire à la conclusion de Hedlund : « Focus on what really matters: making users happy with your product as quickly as you can, and helping them as much as you can after that. » Satisfaire le client tout de suite avant de lui rendre service.  

Comme me l’exposait il y a quelques semaines le Directeur Marketing d’une (petite) banque française : « La gestion de finance personnelle n’intéresse au mieux que 10% des gens. Et pour ceux là l’offre est déjà relativement conséquente. L’enjeu aujourd’hui c’est d’adresser les 90% restant avec des services simples et ludiques, ne nécessitant aucun effort de leur part. »

jeudi 1 juillet 2010

PFM en France : ça bouge...

Certains signes le laissaient présager mais cette fois ça y est : les grandes banques françaises se décident enfin à proposer gratuitement à leurs clients des outils en ligne de gestion de finance personnelle (PFM). Plus étonnant, le mobile est le canal qu'elles ont choisi prioritairement pour lancer ce type de service.

Alors qu'on aurait pu penser qu'un gros agrégateur type Yodlee à la française, produit d'un rapprochement entre deux ou trois grands groupes nationaux, aurait vu le jour et qu'on aurait assisté progressivement à l'éclosion  de modules PFM standardisés sur tous les sites internet des banques françaises, ce sont finalement des initiatives isolées qui émergent aujourd'hui.

En effet, après le prometteur MoneyCenter de Boursorama, la Société Générale (avec "L'appli") et le Crédit Agricole (avec "Mon Budget") sortent quasi-simultanément deux applications iPhone similaires, combinant fonctionnalités mbanking traditionnelles (solde de compte, dernières opérations, virements, géolocalisation...) et outils de pilotage budgétaire (postes de budget, catégorisation des dépenses, alertes). 

Si l'ergonomie est encore perfectible et que l'ensemble manque d'homogénéité (passage sur le site web en mode comptes, saisie manuelle des dépenses en mode budgets), on retrouve tout de même sur ces applications des fonctionnalités réellement innovantes.

C'est une première étape donc, mais gageons qu'il s'agit là de sondes destinées à évaluer la réelle demande en France pour des outils de gestion de finances personnelles simples et ludiques. Or si l'on se fie au succès de "L'appli" Société Générale (plus de 100.000 téléchargements en quelques jours) et à certaines études récentes, l'avenir du PFM en Europe devrait etre aussi brillant qu'outre-Atlantique.

mardi 15 juin 2010

Le PFM nouveau est arrivé: mobile, ludique et connecté

A l'occasion du salon Mobile Payment Expo qui se tenait les 9 et 10 juin derniers Porte de Versailles à Paris, Widmee présentait la dernière version de Widmee Banque.

L'enthousiasme unanime suscité par la nouvelle interface utilisateur et les fonctionnalités avancées (gestion de budgets & cagnottes, alertes ciblées, connexion Facebook...) nous a conforté dans notre vision.

Chez Widmee nous en sommes convaincus: les solutions mBanking de demain intègreront des fonctions de gestion de budget (ou PFM pour Personal Finance Management). Elles seront aussi plus ludiques et ouvertes sur les réseaux sociaux et la géolocalisation.

Les récentes évolutions chez les cadors du PFM comme Mint ou moneyStrands (saisie d'opération à la volée, applis iPhone & iPad) et les derniers échos du Finovate Spring semblent confirmer aussi cette tendance.

De ce passionnant sujet nous avons pu débattre lors de l'atelier "Gestion de Finances Personnelles" que j'animais sur le salon Mobile Payment Expo... et puisqu'on me l'a si gentiment demandé, je joins à ce billet le support de ma présentation.